La lettre de Juillet 2016

Lettre de Juillet 

Les mots de CAHP-IDF :  Quel partenariat pour développer cette forme d'habitat participatif ? 

imageLe mouvement Colibris qui s’est construit autour de Pierre Rabhi a lancé en 2016 une nouvelle campagne intitulée « Oasis », qui propose aux citoyens  de redécouvrir le "faire ensemble" c’est-à-dire d’explorer les pistes de mutualisation et ainsi de réinventer les communautés du 21ème siècle. Il est  organisé autour de 55 groupes locaux qui soutiennent les projets citoyens dans toute la France.

Une Oasis peut se trouver en milieu rural ou urbain et prendre des formes différentes : écohabitat partagé, écoquartier, écohameau, écovillage, commune en transition. Bref une Oasis c’est une image poétique pour désigner différentes formes de participation dans l’habitat. C’est dans ce sens  qu’un partenariat avec la Coordin’action nationale des associations d’habitat participatif été décidé pour coordonner l’actions des deux mouvements en faveur du développement de l’habitat participatif.

Les Oasis se fondent autour de cinq axes essentiels à l’émergence d’une société plus écologique et citoyenne :

  • Agriculture & autonomie alimentaire : développer des actions spécifiques pour produire une partie de sa nourriture de façon écologique,
  • Eco-construction & sobriété énergétique : diminuer l’empreinte de son habitat par la création de lieux de vie en harmonie avec le paysage,
  • Mutualisation : mutualiser des espaces et des services pour créer un mode de vie basé sur la coopération, le partage et la solidarité,
  • Inventer des gouvernances qui respectent les besoins du collectif comme la souveraineté de chacun,
  • L’accueil et éducation : proposer des formes d’accueil et d’éducation pour faire bénéficier le reste de la société de son expérience.

Un numéro spécial du magazine Kaizen proche du mouvement Colibris répertorie 100 Oasis déjà créées et en cours de création en France, dont une trentaine d’habitat participatif. Le chapitre sur les contours juridiques de l’habitat participatif de ce numéro a été élaboré en partenariat avec la Coordin’Action. 

CAHP-IDF est une association qui vise à développer et à représenter les collectifs d'habitants qui prennent en charge leur habitat, ouvert sur la ville ou sur la campagne, quelles que soient les solutions choisies en termes d'exigences (écologiques, économiques ou autres...) comme en termes de modalités (propriété, coopérative, location...). CAHP-IDF imagine et fournir des outils pour permettre aux groupes de réussir leurs projets, et au mouvement d'en multiplier le nombre. Il y a donc une complémentarité entre notre association et celle des Colibris. Cette complémentarité s'est déjà manifestée sur le terrain récemment, à deux occasions :

- Au café associatif de Dammartin-sur-Tigeaux en Seine-et-Marne, un village proche de Coulommiers, le groupe local Colibris des Portes Briardes a réuni une vingtaine de citoyens briards le 9 avril pour imaginer leur Oasis. Deux membres de CAHP 77 y ont participé.

- Nous avons participé à l'organisation du café des bonnes nouvelles de Courdimanche, dans le Val-d'Oise.

De manière plus générale, CAHP-IDF se propose d’accompagner le développement des projets d’habitat participatif des collectifs d’habitants mobilisés sur la mise en place d’Oasis, et d'en partager l'animation des collectifs avec Oasis, dans le respect des limites de chacune des deux démarches.


Laurence RICHARD 

Président de CAHP 77


Actualités / Événements du CAHP-IDF

 ENQUÊTE AUPRÈS DES NOUVEAUX HABITANTS : Afin de détecter les difficultés rencontrées par les collectifs d’habitants dans les différentes phases de la conception du projet (la constitution du collectif d’habitants, chantier, réception et emménagement) et de proposer des solutions. Nous réalisons une enquête auprès des nouveaux habitants des habitats groupés.

SOCIÉTÉ COOPÉRATIVE D'INTÉRÊT COLLECTIF :  CAHP-IDF est sociétaire de la SCIC « Faire Ville » dans la perspective de développer l’accession progressive à la propriété (SCIAPP) en Ile-de-France.

JPO

Tout au long du mois de mai CAHP-IDF a organisé des Journées Portes Ouvertes dans plusieurs départements de l'île-de-France, afin de promouvoir l'habitat participatif, présenter l'association, ses objectifs et ses projets en cours.

Bilan des JPO : 

Inauguration de CAHP-93 : L’inauguration de l’implantation du CAHP-93 en Seine-Saint-Denis dans la future Coopérative Pointcarré a enfin bien eu lieu ! Ce temps d’échanges entre CAHP-93 et ses futurs partenaires, a été l’occasion de présenté nos objectifs et nos futures actions sur le département, d’apportez par un témoignage d’habitant des réponses aux questions des personnes présentes. Saluons la présence de Nadège GROBOIS, vice-présidente du Conseil Départemental, ainsi que les représentants de nos partenaires de l’APIJE, CAPS, LOGIPOSTEL, Garance… La qualité des échanges et perspectives de nouveaux projets d’habitats nous confortez dans le bien fondé du choix du CAHP-93 d’être l’un des premiers sociétaires de la Coopérative Pointcarré.

Promenade urbaine à Montreuil : C’est sous un temps maussade qu’une soixantaine de personnes ont formé un cortège pour visiter les différentes réalisations d’une commune riche en habitats participatifs, de toutes époques, de tous styles et de tous modèles, passant de Couleur d'Orange à Diwan, au CUB, la Souris Verte, les Castors, Unisson et Babayaga. Cette troisième édition de la balade, qui est devenu presque une tradition à Montreuil, était passionnante, mais aussi épuisante ! Nous avons passé plus de 4 heures à déambuler dans les rues de la ville.

BSLLe Lavoir du Buisson Saint-Louis : L’immeuble parisien en est déjà à ses troisièmes JPO et les choses sont maintenant bien rôdées. Ce sont plusieurs habitants, qui à tour de rôle, interviennent et accompagnent les différentes visites (six horaires de visites répartis sur tout le week end). L’immeuble attire toujours autant les regards, notamment ces aspects esthétiques et pratiques, qui font que chaque visiteur rend ainsi hommage à l’architecte et au collectif d’habitants. La capacité d’évolution d’un immeuble dans lequel il a été possible à plusieurs familles d’installer des excroissances de pièces nouvelles, à d’autres familles d’échanger une ou deux pièces, en font un exemple particulièrement original et intéressant. En outre, plusieurs jeunes familles s’y sont installées ces dernières années, sur la base de découpages d’appartements familiaux dont les occupants, avec le temps qui passe, se sont réduits à une ou deux personnes.


PORTRAIT DU MOIS

fatoumata Fatoumata MARGENSEAU - présidente du Moulin Participarif.

Par pur hasard après la visite d’un alter-habitat au Ulis en juillet 2015, j’ai découvert CAHP-IDF et le projet de l’habitat participatif à Saulx-les-Charteux. Un projet qui m’a tout de suite intéressé et auquel je n’ai pas hésité à m’y inscrire.

Aujourd’hui, je suis présidente de l’association Le Moulin Participatif et j'ai pour projet de crée mon logement et une micro-crèche. 

Ayant auparavant travaillé, dans le domaine de la petite enfance puis en tant qu’assistante maternelle afin d’avoir plus de temps pour élever mes enfances. Ces derniers ayant grandi, j’avais dans l’idée de rejoindre ou créer une structure. Le projet d’habitat participatif permettant de proposer aux collectifs des initiatives, j’ai saisi l’occasion et proposé l’idée d’une micro-crèche ouverte sur le quartier.  Elle a été la bienvenue.

Pour moi l’objectif essentiel de l’habitat participatif est de bien se connaître entre futurs voisins et d’avoir un esprit de partage.


COOPÉRATION ET GESTION PARTICIPATIVE

Matinée à l'Atelier IDF : COOPROPRIÉTÉ SYNDIC COOPÉRATIF BABOLAT ET COOPÉRATIVE LA FONDERIE

CAHP-IDF a souhaité organiser un débat autour de différentes approches de la gestion participative tentante de mettre la coopérative entre habitants au cœur de la vie collective.

Sur le territoire de la Courneuve, le projet Babolat s’est construit avec la Ville sur une parcelle qui hébergeait une ancienne usine. Si seulement 1/3 des logements ont été réalisé en habitat participatif.

La maîtrise du coût de la gestion a été un des projets. Il a pour cela fallu mettre sur pied un syndicat de gestion collective avec un syndic coopératif bénévole.

Avec une journée collective une fois par an, le projet a réussi à se maintenir, se heurtant au quotidien pourtant souvent sur des questions récurrentes de : poubelles, places de parking, espaces de jeu des enfants, etc… « Les poubelles et les voitures font flamber une copropriété ! ». Enfin, la relation avec les 80 logements sociaux à proximité du site de Babolat s'est compliquée, stigmatisant les espaces et les écarts de mode de vie. Une médiation grâce aux services de logement de la Ville aurait pu permettre d’éviter ces écueils.

Pour le projet la Fonderie à Vanves, il s’agit dès le départ de créer et maintenir un dialogue entre l’architecte. Le collectif a très vite tenté d’établir une Charte, sorte de règlement intérieur au démarrage, dynamique qui s’est par la suite essoufflée. Les questions qui se sont posées ultérieurement, les habitants ayant décidé d’un principe de solidarité entre eux sont celles de l’entrée et de la sortie dans le projet : « la co-propriété d’habitat participatif est un organisme vivant ! ». Ainsi, la question de la cooptation ou encore du décès d’un des habitants ne semble pas avoir été réellement abordée…

C’est la question des parties communes qui fait souvent éclater les projets d’habitat participatif (pour le CAHP-IDF, seul un projet de préfiguration sur dix aboutit en France dans l’autoconstruction). Les projets de ce type requièrent donc, au-delà encore des motivations financières, des qualités de bonne gestion et une volonté de mixité sociale, des compétences en termes de psychologie sociale au quotidien, posant nécessairement, in fine, la question de l’entre-soi, du lien avec l’autre, de la notion de communauté.

 

INTERMÉDIATION LOCATIVE ET REDRESSEMENT DU SYNDIC : RELAIS HABITAT
 

Créée en février 2002, l’Association Relais Habitat (ARH) développe plusieurs projets d’accompagnement de publics en difficulté sur le volet logement. Il peut s’agir de copropriétés en dérive, de situations de mal logement, d’intermédiation locative en faveur de populations à faibles revenus.

1/L’association Relais-Habitat (RH) porte les activités historiques d’intermédiation locativemajoritairement et à terme exclusivement au travers du dispositif d’État Solibail.
Des particuliers louent leur logement à l’association, qui en devient locataire. Conventionnée par la Préfecture de Région, Relais Habitat assure le paiement des loyers mensuels et des charges, l'entretien et la remise en état du logement s’il y a lieu. Les occupants du logement (ressortissant de l’OFPRA, etc..) contractualisent avec Relais habitat, règlent leur loyer à Relais Habitat et sont accompagnés durant toute la durée de leur contrat par l'association.

2/ L’association Relais Habitat-syndic de redressement (RHSR) porte à présent la déclinaison d’une activité innovante, démarrée en 2008, qui vient apporter une solution pertinente, inédite en mobilisant des compétences atypiques permettant d’intervenir sur la gestion de copropriétés fortement dégradées pour qui la simple intervention d’un syndic traditionnel ne peut suffire à résoudre des problématiques complexes (impayés de loyers, propriétaires défaillants, conflits, communs dégradés, squattés, etc….). Cette expertise s’appuie sur un suivi régulier, de proximité, mobilisant des compétences techniques, sociales et de médiation.

Pour l’ARH, la différence du syndic de redressement par rapport aux projets d’habitat participatif est bien celle d’une situation subie et non volontaire. On parle là de dégradation du bâti, de problèmes de santé de copropriétés en difficultés. Entourée de prescripteurs (santé, police, Pôle Emploi, tribunal…), l’ARH expérimente des actions de redynamisation du collectif d’habitants autour de leurs parties communes et de leurs logements. Agissant surtout sur des petites copropriétés de 20 à 45 lots, c’est l’utilisation d’outils participatifs qui fait le succès de la démarche. Sur des processus très longs de parfois dix ans, l’ARH vise l’autonomie des copropriétés et la restauration du lien social dans des zones délaissées.

PRÉSENTATION DE RÉCIPRO'CITÉ

Proche de Lyon, la SAS Réciprocité gère, avec six animateurs de copropriétés, depuis cinq ans, des projets de gestion participative grâce à l’accompagnement à la mise en place des projets et leur gestion, en lien avec les bailleurs sociaux, les élus, promoteurs, en animant les projets en cours. 

Financée par des bailleurs sociaux, Récipro’Cité permet la mise en place du dispositif d’assistance à l’émergence et à l’autogestion, suivant les étapes de montage suivantes :

- 1ère année : 50% de financement pour faire émerger une responsabilité collective (gestion des        clés, des parties communes),
- 2ème année : 30% de financement,
- 3ème année : 20% de financement.

Avec ce système dégressif, c’est Réciprocité qui prend partiellement le risque financier pour le compte des habitants des projets sélectionnés. L’impact du projet a été chiffré : les économies réalisées au bout des 3 ans se montent à environ un mois de loyer par an. Ainsi sur le projet des Platanes, 73 familles ont pu économiser 23 000 € sur un an. Tout l’enjeu réside dans la pérennité du dispositif car « les bonnes volontés s’émoussent » et dans son ouverture sur le quartier en travaillant aussi sur l’urbanité.
 

Gaëlle Devoucoux, chargée de mission développement pour l’Atelier sur les actions filiere « ESS et Habitat »